Dictionnaire de L'académie française (8 ème édition)
> RATE n. f. [Anatomie] Viscère mou, situé dans l'hypocondre gauche, entre l'estomac et les fausses côtes. Avoir la rate gonflée, dilatée, obstruée. Avoir mal à la rate. Une maladie de la rate. Les globules rouges du sang se forment et se détruisent dans la rate.
Fig. et fam., Désopiler, épanouir, dilater la rate, Divertir, réjouir, faire rire. Voilà une histoire, un conte qui est propre à désopiler la rate. Il nous a fait un conte qui nous a bien épanoui la rate. Il aime à rire et à se dilater la rate.
Fig. et fam., Se fouler la rate, Se fatiguer au travail. Il ne s'est pas foulé la rate à faire cet ouvrage.
Sens
1 Terme d'anatomie. Viscère situé dans l'hypocondre gauche, sous les fausses côtes.
Citation : Ce qui marque une intempérie dans le parenchyme splénétique, c'est-à-dire la rate
,
MOL. ,
Mal. imag. II, 9
Citation : Au milieu du souper, Cadoc se plaignit d'un mal de rate violent
,
VOLT. ,
Zadig, 2
Vous avez bon foie, Dieu vous sauve la rate, se dit ironiquement à celui qui tient quelque discours ridicule et peu vraisemblable.
Populairement. Il ne se foule pas la rate, voy. FOULER, n° 8.
Sens
2 Dans l'ancienne physiologie, la rate était regardée comme le siége de la bile noire ou atrabile ; de là le rôle que l'opinion vulgaire lui faisait jouer dans la bonne ou la mauvaise humeur ; on disait que la rate envoie des fumées, des vapeurs au cerveau.
Citation : Je n'aurais pas ces bons intervalles dont vous voyez que je jouis quelquefois, et, au lieu que je guéris les autres du mal de rate [les fais rire], j'en mourrais moi-même
,
VOIT. ,
Lett. 58
Citation : La troisième [maladie appelé hypocondriaque].... laquelle procède.... particulièrement de la rate, dont la chaleur et l'inflammation porte au cerveau de notre malade beaucoup de fuligines épaisses et crasses, dont la vapeur noire et maligne cause dépravation aux fonctions de la faculté princesse
,
MOL. ,
Pourc. I, 11
Citation : Je vous demande pardon, mon cousin, je ne suis pas si traitable sur son absence [de Mme de Grignan] que sur la vôtre ; sa Provence me désole, et ma rate se mêle dans toutes nos séparations
,
SÉV. ,
à Bussy, 19 mai 1677
Citation : Qu'est-il donc arrivé de funeste à Mélanthe ? rien au dehors, tout au dedans ; ses affaires vont à souhait, tout le monde cherche à lui plaire ; quoi donc ? c'est que sa rate fume
,
FÉN. ,
t. XIX, p. 449
Familièrement. Épanouir la rate, désopiler la rate, dilater la rate, divertir, faire rire.
Citation : Je crois que cela [une plaisanterie] ne vaut rien du tout à écrire ; mais cela se présenta follement à la rate de votre pauvre frère
,
SÉV. ,
16 oct. 1680
Citation : Tu épanouiras la rate de tous mes sujets
,
VOLT. ,
Dial. 27
Citation : Un rédacteur plaisant vous aurait dilaté la rate outre mesure
,
GRIMM ,
Corresp. t. II, p. 17
On dit aussi avec le pronom personnel Il aime à s'épanouir la rate.
Citation : La Puisieux s'en est épanoui la rate [d'une petite méchanceté faite par Mme de Sévigné à Mme d'Arpajon]
,
SÉV. ,
13 mars 1671
Citation : Je ne sais vraiment pas quel sujet vous croyez avoir de vous tant épanouir la rate
,
DANCOURT ,
Chev. à la mode, IV, 2
Décharger sa rate, dire ce qu'on a sur le coeur.
Citation : Il faut qu'enfin j'éclate, Que je lève le masque et décharge ma rate
,
MOL. ,
F. sav. II, 7
HISTORIQUE
XIIIe s.
Citation : Levez-vous sus, dame Hersent, Fetes li un petit de haste [broche] De deux roignons et d'une rate
,
,
Ren. 250
XVIe s.
Citation : Cest humeur est attiré par la rate pour la nutrition d'icelle et expurgation du sang
,
PARÉ ,
Introd. 6
ÉTYMOLOGIE
Génev. râte ; du néerland. rate, rayon de miel (que d'ailleurs Diez rapporte au latin radius, rayon de miel), par comparaison avec la texture lâche et celluleuse de la rate.
Citation : Quelques rates, dit-on, répandirent des larmes
,
LA FONT. ,
Fabl. XII, 2
Familièrement et fig. Ma petite rate, ma petite amie, Dict. de Trévoux.
Par dénigrement, une vieille femme revêche, grondante, et qui cherche à s'emparer de tout ce qui est à sa convenance.
Citation : Savoir où elle est allée, c'est difficile, parce que c'est une vieille rate qui a plus d'un trou pour se cacher
,
FR. SOULIÉ ,
Au jour le jour, § 14
Sens
2 Au plur. Nom donné en Saintonge aux dents de lait (dents de rat).
HISTORIQUE
XVIe s.
Citation : Adonc le rat, sans serpe ne cousteau, Y arriva joyeux et esbaudis, Et du lyon, pour vray, ne s'est gaudy, Mais despita chats, chates et chatons, Et prisa fort ratz, rates et ratons
,
MAROT ,
Ép. à son ami Lyon.
Canne ratée, nom qu'on donne aux cannes à sucre qui, ayant été entamées par les rats, s'aigrissent, deviennent noirâtres, et ne peuvent plus servir qu'à faire de l'eau-de-vie.
HISTORIQUE
XIIIe s.
Citation : Pain raté, que rat ou souris ont entamé
,
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Liv. des mét. 16
Sens
2 S. m. Un raté, coup de feu qui n'a pas pris. Votre pistolet, votre fusil a fait un raté. Sur vingt coups, il y a eu six ratés.
Sens
3 S. f. Ratée se dit, dans les appareils à dévider la soie, de pièces qui ratent, manquent leur coup.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
2. RATÉ. Ajoutez :
Sens
4 S. m. Un raté, un homme qui n'a pas réussi en ses entreprises, un fruit sec.
Citation : Jack [d'Alph. Daudet] nous promène à travers des groupes sociaux plus divers et plus étendus : les ouvriers des brûlantes usines, les ratés - c'est le mot pittoresque de l'auteur - de la bohême lettrée...
,
E. MONTÉGUT ,
Rev. des Deux-Mondes, 1er déc. 1876, p. 629
Citation : Et qu'est-ce que le père Chèbe lui-même, avec ses démangeaisons de négoce et ses locations de boutiques aux rayons destinés à rester vides, sinon un raté du commerce ?
,
,
ib. p. 630