Dictionnaire de L'académie française (8 ème édition)
> BÉTON n. m. [Maçonnerie] Espèce de mortier fait de chaux, de sable et de gravier, dont on se sert principalement pour les constructions hydrauliques, parce qu'il a la propriété de se durcir dans l'eau.
Béton armé, Mode de construction qui consiste à incorporer une armature métallique dans une masse de béton.
Citation : Qui ont mis aucuns fumiers, terres et autres betuns ez place de la ville de Dijon
,
DU CANGE ,
betunium.
XVe s.
Citation : Un tombereau chargié de gravois et autres betuns
,
DU CANGE ,
ib.
ÉTYMOLOGIE
On peut croire que béton tient au provençal batum, mastic, enduit, et qui est une autre forme de betum, bitume ; espagnol, betun, bitume. Alors betun, betunium, qui veut dire gravois et immondices, en dériverait, parce que le béton ruiné devient gravois. Mais le béton ne contient pas de bitume ; et, tout mortier se durcissant, devrait-on y chercher le sens de ce qui se durcit, se caille, se coagule ; et par là nous serions conduits à l'ancien verbe beter qui a ce sens (voy. BÉTON 2). L'incertitude reste entre ces deux explications.
Nom vulgaire, mais peu usité, du lait trouble et épais contenu dans les mamelles au moment de l'accouchement.
ÉTYMOLOGIE
L'apparence qu'a ce lait lui a fait donner le sens de caillot, qui est dans l'ancien verbe beter, dont voici des exemples : XIIe s.
Citation : Desoz l'auberc li est le sanc betez [caillé]
,
,
Bataille d'Aleschans, 715
Citation : Del sanc des cors est la terre betée
,
,
ib. 5413
Citation : Il voient l'eve felenesse, Et tant perilleuse et parfonde, Qu'il n'est riens nule en tot le monde, S'ele i cheoit, ne fust alée, Aussi com en la mer betée [gelée]
,
,
La Charrette, 3009
XIIIe s.
Citation : [Il] N'en a laissié prodome dusqu'à la mer betée Qui puisse porter lance ne qui çaigne l'espée
,
,
Ch. d'Ant. VII, 115
Beter a une autre signification qui est : mettre un mors, et il vient en ce sens du germanique : anglo-saxon, baetan ; flamand, beeten ; allem. moderne, beizen, faire mordre à la bride. Mais Diez croit qu'on y peut aussi rattacher beter dans le sens de cailler, vu que beizen signifie aussi, par dérivation, exercer une action chimique, corrosive, et qu'on fait cailler le lait par des acides.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE
1. BÉTON. - ÉTYM. Ajoutez : D'après M. Roulin, les objections contre bitumen ne peuvent l'emporter ; c'est le souvenir du bitume employé en guise de mortier à la construction des murs de Babylone qui a prévalu.
2. BÉTON. - ÉTYM. Ajoutez : M. Bugge, Romania, n° 10, p. 145, propose une autre étymologie que l'ancien verbe be
ter, cailler ; c'est le vieux haut-allem. piost, moyen haut-allem. biest, qui signifie le colostrum ; il aurait fait une ancienne forme beston, devenue béton, comme bétail pour bestail.